Désentraîner l'Athlète
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Je suis certaine que nous avons tous déjà croisé, sur les réseaux sociaux, une version du « fitfluencer » dont la marque personnelle repose sur l’idée que « tu n’as jamais le temps de t’entraîner, tu prends le temps ». Bien que j’aie toujours eu du mal avec le ton moralisateur et simpliste de cette affirmation* , les anciennes versions de moi-même en approuvaient quand même le fond.
Pendant mes études de premier et de deuxième cycle, mon quotidien me permettait d’adopter pleinement cette mentalité. Grâce à la flexibilité de l’horaire étudiant et à un emploi à temps partiel à distance, j’ai pu faire de la course une priorité centrale. Ma motivation pour ces entraînements quotidiens — souvent deux par jour — provenait autant de la communauté que de la performance : c’est dans ces équipes que j’ai noué certaines de mes amitiés les plus solides et découvert l’engagement bénévole local que je poursuis encore aujourd’hui. Ces raisons qui me poussaient à aller à l’entraînement s’entremêlaient, et la course est devenue, pour moi, bien plus qu’un simple sport.
À cause de cela, la course est devenue une partie intégrante de mon identité — quelque chose pour lequel j’étais toujours impatiente de trouver du temps. Mais en entrant sur le marché du travail, ma relation avec ce sport évolue. Bien que je sois infiniment reconnaissante pour tout ce qu’il m’a apporté, je commence aussi à réaliser tout ce que j’ai manqué en consacrant autant de temps à une seule passion. Parce que j’ai mis tant de moi-même dans la course, j’ai passé peu de temps à explorer qui j’étais en dehors de ce sport.
Maintenant que je cours seule, je commence à réfléchir à pourquoi je continue et à ce que ce mouvement signifie pour moi. Est-ce que j’aime réellement ces sorties en solo, ou est-ce que je cours simplement par obligation ? Suis-je moins légitime si je décide de prendre une soirée pour voir des amis ? Pour m’essayer à un nouveau passe-temps (le tricot est aussi captivant qu’on le dit, vraiment !) ? En me posant ces questions, j’apprends qu’il y a de la valeur à sortir de nos plans d’entraînement pour vivre de nouvelles expériences. Nous entretenons tous une relation complexe avec l’exercice, et c’est normal de prendre une soirée de pause pour y réfléchir. Ne laisse pas le « grindset » te gruger !
*L’idée selon laquelle tout le monde peut « trouver » une heure pour s’entraîner s’il le veut vraiment reflète un certain degré d’ignorance privilégiée. Pour beaucoup de personnes, ce n’est pas simplement une question de motivation ou de repousser l’envie d’appuyer sur le bouton « snooze ». Travailler deux emplois, par exemple — qu’ils soient tous deux rémunérés ou que l’un implique le rôle de principal aidant — représente de véritables obstacles à la pratique d’une activité physique. Ce ne sont pas de simples excuses, contrairement à ce que notre « fitfluencer » imaginaire voudrait nous faire croire.